Janvier a mollement commencé, déjà vous regrettez les soirées de beuverie et de ripailles, les semaines de 4 jours de travail (voire 3 pour les plus chanceuses ou fonctionnaires d’entre vous), les grasses mat’ à répétition.
Lentement mais sournoisement, vous voilà embarquée dans le train-train quotidien. Vous slalomez de réunion en pause-café et de briefing en brainstorming sur l’appel d’offres pour la climatisation des nouveaux bureaux de la société Tartempion.
Vous zieutez fréquemment par la grande baie vitrée de votre bureau (la meilleure vue de tout le bâtiment, avec plongée directe sur le périph’) et vous surprenez à rêver à une autre vie.
Et là, l’évidence, que dis-je, la solution, s’impose à vous : « pourquoi, au lieu de perdre votre temps au 7e étage de l’immeuble Yenamarredetranspirerlété, ne vous êtes-vous pas lancée dans la prostitution ? »
Vous avez bien fait de vous poser cette question, d’autant plus que les quelques éléments ci-dessous vont vous convaincre de ne plus tarder et d’embrasser rapidement une nouvelle carrière.
Pour commencer, côté chiffons et fanfreluches, préparez-vous à louer un camion-benne pour submerger le dépôt-vente Emmaüs le plus proche de toute votre garde-robe (bon, soyez sympa, prévenez-les de votre arrivée, ils pourraient croire que vous venez les expulser).
Eh oui ma jolie, fini les tailleurs sombres, les petits escarpins bien proprets et le maquillage un brin pâlichon. À vous les shorts en jeans ras le taille-crayon et les petits débardeurs moule-nichons hauts en couleurs. Vous hésitez entre les cuissardes et les tennis ? N’oubliez pas que vous pouvez aussi venir au taf avec la petite paire de tongs à étoiles de mer que vous réserviez aux plages de Palavas-les-Flots. Avouez que c’est nettement plus fun que votre habituelle tenue de deuil.
En plus, ça coûte nettement moins cher (et à l’heure des discussions du café du commerce sur la baisse du pouvoir d’achat des salariés, admettez que ce n’est pas le moindre des arguments).
Côté make-up, vous vous autorisez enfin le mariage de nouvelles nuances, le rose bonbon de vos joues répliquant au rouge incandescent de vos lèvres, sans négliger pour autant de grimer vos paupières d’un léger bleu turquoise que vient souligner l’indispensable trait d’eye-liner.
Les nombreux amateurs dont vous croiserez le chemin auront tôt fait de vous surnommer d’un gratifiant Rainbow Girl, croyez-moi.
Parée de ces nouveaux atours, vous profitez de votre nouveau cadre de travail, sans vitres, sans clim’, sans moquette tachée, sans portes qui claquent. Ici, au bord de la N3, vous profitez enfin du grand air, de la verdure, la vraie. Ici, les termes « open space » prennent tout leur sens.
Non contente de bénéficier d’un environnement de travail idyllique, vous avez en outre la chance de gérer un panel de clients tous plus intéressants les uns que les autres. Vous êtes d’ailleurs très souvent en déplacement professionnel, à la recherche de nouveaux prospects. Vous avez toute latitude dans votre argumentation commerciale, sans être bridée par votre hiérarchie ni par toutes les règles en vigueur dans votre ancienne boîte.
Plus de présentation Powerpoint préparée laborieusement la veille de vos rendez-vous et réunions, désormais c’est en live que vous délivrez vos arguments à votre client, préférant le faire oralement que par écrit.
Cela vous apporte gain de temps et d’efficacité, et vous laisse tout loisir pour faire la démonstration des nombreux atouts de votre société. Vos cibles auront vite compris l’avantage à conclure un contrat de prestation de services avec vous.
Et ne craignez pas d’être dure dans vos positions avec vos clients, ils vous en sauront gré.
Bref, faites-moi confiance, le taux de fidélisation devrait être beaucoup plus élevé que lorsque vous étiez au service commercial de Yenamarredetranspirerlété.
En revanche, petit bémol : pour le SAV, c’est directement à vous que s’adresseront vos nouveaux clients, alors pas d’entourloupe, ne négligez surtout pas de leur parler des vices cachés.
Côté hiérarchie, vous bénéficiez désormais de l’encadrement d’un patron digne de ce nom, présent, accessible, à l’écoute et beaucoup plus dispo que l’ancien. Sans craindre pour son poste, il vous dispense de nombreux conseils pour gérer au mieux votre carrière et améliorer votre productivité. Il ne vous demande pas de lui faire 3 reportings/semaine et ne vous assomme pas de longs discours. Non, il préfère les discussions de vive voix et les petites tapes sur l’épaule. Avec lui, vous savez où vous en êtes, vous savez quand le boulot est bien ou mal fait, la relation est directe et sans chichis.
Et dans votre nouvelle vie, s’il est bien sûr important d’être sérieuse dans vos nouvelles missions, sachez que vous pourrez vous octroyer de longues pauses avec les cop’s. A nouveau vous pourrez vous accorder ce petit plaisir de la journée, cet accessoire de toute pause qui se respecte auquel ont depuis longtemps renoncé vos ex-collègues : la clope !
Même pas besoin de prendre l’ascenseur pour en profiter, vous pouvez fumer sur votre lieu de travail. Bon, peut-être pas en présence des clients non plus, sauf si d’eux-mêmes ils se mettent à en griller une ou à fumer la pipe.
Enfin, si vous aviez encore un soupçon d’hésitation, sachez que dans cette profession, travailler plus pour gagner plus, c’est VRAI-MENT possible. Vous n’êtes plus payée à l’heure ou à la journée mais à la commission. Plus vous avez de clients, plus votre com’ est élevée.
Et ni impôts ni cotisations sociales à payer, ce que vous percevez, c’est du net pur et dur.
Tout cet argent, vous l’avez gagné à la force du poignet, et vous méritez bien d’en profiter.
Galinette